La trahison des élites

La crise, c’est 115 000 emplois détruits l’an dernier. Pourtant, dans ce marasme général, rien ne paraît devoir changer pour les élites. Singulièrement pour les banquiers, quoique au premier rang des responsables désignés. « Nous ne gagnons pas plus d’argent que nos homologues étrangers, s’exclament-ils. Nous avons mieux géré qu’eux. Et vous voudriez que nous renoncions à nos bonus et que nous réduisions nos salaires ? »

L’immense majorité des français se sent flouée, trahie. La crise, ils n’y sont pour rien. Et on voudrait leur faire payer seuls les pots cassés ?

Au clivage traditionnel entre la gauche et la droite se substitue peu à peu une démarcation autrement plus dangereuse : entre ceux qui souffrent de la crise et les élites qui conservent, contre vents et marées, leurs privilèges.

Ceux qui conduisent le pays doivent ouvrir les yeux. C’est urgent. Urgent pour les politiques de renoncer à leurs très chères vacances ou à leurs coûteuses visites ministérielles. Pour les patrons de réduire leur salaire de façon spectaculaire. Pour les actionnaires de modérer leur appétit de dividendes. Pour les entreprises ‘profitables’ de protéger de manière volontariste les emplois…

Démagogie ? Non, mesures symboliques, peut-être, mais dont la signification est vitale. Nous formons une seule et même nation. C’est cela que les français veulent entendre. Sinon, il se pourrait bien que le ressentiment contre la trahison des élites tourne à la révolte.

 

Denis Olivennes

Nouvel Observateur n°2311 du 19 au 25 février

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